Elles posent la question épineuse de la relation de l’homme à la machine. Les passants croisent désormais des voiturettes électriques autonomes. Soulager les facteurs, livrer les restos… Construits par une PME de Cahors, TwinswHeel, les droïdes de livraison, qui seront évalués dans 3 ans, font partie de 16 expérimentations en France dans le cadre des investissements d’avenir. L’Ademe se dit “vigilante” dans les espoirs suscités.

Ce robot remplacera l’homme seulement uniquement dans ses tâches les plus pénibles comme la livraison de colis lourds tout en gommant une série de casse-têtes : impossibilité de se garer près du point de livraison ; de se déplacer aisément dans une vaste zone piétonne ou bridée à 30 km/h… Mais, promis, cette révolution annoncée n’apportera que des bénéfices et n’engendrera pas de suppression d’emploi. Ce serait une solution “propre” et bien acceptée dans la population. La promesse d’un progrès pour tous est éternelle.

L’Ademe “vigilante” sur ces promesses et les “incidences environnementales”

Ce n’est pas le premier projet de transport innovant. À Sète, par exemple, en 2017, on testait déjà une navette 100 % autonome, comme Dis-Leur vous l’avait expliqué. Certes, dans les labos, les petites voitures, petits miracles technologiques qui roulent toutes seules, font florès et suscitent deux sentiments : soit l’engouement soit la méfiance. L’Ademe (agence de la transition écologique), elle, se place entre les deux. L’Agence, par la voie de son directeur régional délégué, Camille Fabre, se dit “vigilante” sur ces promesses et les “incidences environnementales” et fait un distinguo entre “ville intelligente et ville durable”. Seul un bilan exhaustif de l’expérience montpelliéraine permettra d’en savoir plus (Lire ci-dessous). Et ce, même on est “encore très loin de pouvoir substituer l’humain à une navette autonome”.

Deux droïdes testés à Montpellier pendant 36 mois

D’ici-là, basée à Cahors, TwinswHeel (1), espère la tenir, cette promesse. Créée en 2005 pour fabriquer des trains d’atterrissage ou des suspensions de chars d’assaut, la PME s’est spécialisée dans les robots autonomes pour un usage interne. Une solution qu’elle a ensuite choisie de commercialiser sous forme de droïdes de livraison. Vincent Talon est l’un des cofondateurs de cette société unique en son genre forte de 25 salariés et de 2 M€ de chiffre d’affaires. Deux de ses droïdes ont été présentés à Montpellier vendredi dernier avec tout ce que la 7e ville de France compte de politiques, Michaël Delafosse, le maire, en tête.

En mode 100 % livraison d’ici 2023

Symboles d’une étape importante dans l’automatisation de la livraison, ces robots de livraison – coût : 25 000 € l’unité – y sont testés grandeur nature pendant 36 mois – dont 12 mois sans colis – avant peut-être leur déploiement plus large pour aider les facteurs de la Poste à livrer des colis et/ou livrer des victuailles aux restaurants, bars, etc., notamment du quartier piéton de l’Ecusson, à Montpellier, via la société Stef, leader européen du transport réfrigéré.

Le droïde de livraison accompagne la montée en puissance de l’e-commerce. “On espère qu’il sera en mode 100 % livraison en 2023”, précise Vincent Talon. “La Poste pourrait alors s’en équiper et une fois le potentiel validé, étendre cette solution au-delà de Montpellier.” Pour concevoir ce droïde, TwinswHeel a obtenu 450 000 € dans le cadre des investissements d’avenir. “Cela représente à peine un tiers du budget pour une mise au point qui a demandé quatre ans mais c’est déjà bien”, précise Vincent Talon.

L’enjeu du dernier kilomètre parcouru

Le projet s’appelle Carreta – charrette en Occitan – et mobilise de nombreux labos de recherches et la Métropole de Montpellier dans un seul et même consortium. Il fait partie de la batterie de 16 expérimentations nationales retenues par le gouvernement pour évaluer les opportunités de développement de la filière véhicules autonomes. Quand la voiture ou le camion de livraison devient indésirable : dans le dernier kilomètre autour du point de livraison. C’est le seul projet sélectionné au niveau national sur le thème de la logistique urbaine avec un financement dans le cadre du PIA (investissements d’avenir) confié à l’Ademe.

Un conducteur de secours ne le perd pas des yeux

Le projet est séduisant. Tout électrique, le droïde peut supporter une charge de 300 kg, dispose de quatre roues motrices et directrices. “Programmé pour stopper ou éviter un piéton ou un obstacle qu’il ne peut pas contourner seul, il bénéficie d’une carte ultradétaillée et d’une personne à ses côtés, un safety driver, un conducteur de secours qui ne le perd pas des yeux. Celui-ci, à terme, est censé disparaître.”

Affiner le business modèle et “peut-être créer des emplois”

La robotisation supprime-t-elle des emplois ? “C’est un faux problème, selon Vincent Talon. Nous-mêmes, déjà, nous créons des emplois pour ce projet. Et, justement, ces longues phases de test sont aussi là pour que la Poste et la Stef qui en exploitent deux affinent leur business modèle. Notre robot est là pour effectuer un trajet d’un point A à un point B. Il y aura toujours quelqu’un de présent à côté. Le robot est là pour accompagner le facteur, s’agissant de la Poste. Celle-ci veut, non seulement garder un lien social, mais même l’accentuer. C’est une façon de laisser les tâches difficiles, sans valeur, à des robots et peut-être même de permettre de créer des emplois. Ce droïde autonome, qui est 100 % made in France – la totalité des pièces viennent d’un rayon de 400 km maximum – est là pour ôter un point dur : la livraison plus fluide dans le dernier kilomètre.”

“Optimiser la chaine logistique aux regards des enjeux sociaux et environnementaux”

L’ensemble des promoteurs de Carreta sont sur cette même longueur d’onde. À commencer par le directeur général adjoint du groupe la Poste, Philippe Dorge : “Cette expérimentation s’inscrit aux côtés du déploiement des vélos cargos, des véhicules électriques ou de nos espaces de logistique urbaine dans notre recherche de solutions complémentaires pour structurer et optimiser la chaine logistique aux regards des enjeux sociaux et environnementaux, tout en garantissant un service humain de proximité.”

“Le véhicule autonome ne remplacera jamais le contact humain mais ce véhicule autonome peut être un nouvel outil précieux pour réduire l’impact des activités logistiques en coeur de ville et structurer de nouvelles filières.” L’ancienne ministre Anne-Marie Idrac, haute représentante du gouvernement pour le développement du véhicule automatisé ajoute : “J’attache une grande importance à cette première expérimentation en vraie grandeur nature en France. Elle doit permettre de mieux connaître les impacts et les conditions de déploiement futurs.”

“On est dans la relation homme-machine. Le droïde se présente comme un appui logistique et ne prendra pas forcément le boulot de facteurs”, souligne pour sa part Camille Fabre, directeur régional adjoint de l’Ademe Occitanie. Pas tout de suite.